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MIOSSEC

On lui reconnaît une signature. Souvent même, on lui prête une griffe. Christophe Miossec, en effet, a le talent dur. Mais cette crue sincérité est réclamée. Quatre albums changés en disques d’or, des commandes qui, après Birkin et Hallyday, sont venues de Juliette Gréco ou de Bashung... Dix ans après être entré en musique, Miossec reste un bloc, totalement intègre, immédiatement identifiable. Pourtant, il avance. Avec un nouvel album et un esprit nouveau, on dirait presque qu...

On lui reconnaît une signature. Souvent même, on lui prête une griffe. Christophe Miossec, en effet, a le talent dur. Mais cette crue sincérité est réclamée. Quatre albums changés en disques d’or, des commandes qui, après Birkin et Hallyday, sont venues de Juliette Gréco ou de Bashung... Dix ans après être entré en musique, Miossec reste un bloc, totalement intègre, immédiatement identifiable. Pourtant, il avance. Avec un nouvel album et un esprit nouveau, on dirait presque qu’il recommence.

Quatre des douze rounds de son nouvel album, Miossec les passe dans les cordes, soutenu par son groupe mais lançant ses mots au-dessus de l’Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence. Ce n’est pas le seul étonnement de “1964" mais c’est celui qui le fonde. L’invitation arrive avec 2003, un programme qui, pour quelques concerts, voudrait mêler répertoire classique et chansons. En huit ans, Christophe Miossec a empilé quatre albums qui oscillent entre chanson, folk, rock et vont du dépouillement acoustique aux arrangements raffinés. Mais toujours, il y a la brutalité des textes, l’entêtement des mélodies, la raideur de la voix, autant d’éléments qui devaient l’éloigner de l’affrontement symphonique.

Il y va pourtant. Parce que le projet rejoint une envie ancienne, parce qu’après l’hommage à Brassens (La non-demande en mariage) et avant celui à Ferré (O triste, triste était mon âme), l’occasion est belle de retrouver Joseph Racaille, arrangeur pour Bashung, Thomas Fersen, Dick Annegarn, Arthur H... “C’est un original véritable, un cerveau mathématique.” Donc, il y va mais à condition de présenter des morceaux nouveaux. Il reste deux mois avant la première répétition et Miossec écrit huit chansons. “C’est toujours bien les impératifs. On a crié au fou mais c’était excitant.” Ensuite, les concerts sont ovationnés et les titres enregistrés avec l’orchestre et le groupe. Pour trier les bandes et décider des options, Jean-Louis Piérot vient épauler Miossec. Avec lui, il emmène Edith Fambuena, l’autre moitié des Valentins, pour une co-composition, des choeurs et quelques parties de guitare.

Au bout des comptes, seuls quatre morceaux orchestrés subsistent mais tous portent l’empreinte de cette confrontation. Ainsi le premier single conserve les amples emportements de sa version lyrique, un Je m’en vais qui reprend quelques phrases du Mari de la coiffeuse (“J’ai vu le film de Patrice Leconte il y a longtemps. La lettre d’adieu m’avait fait pleurer. Je ne savais pas que j’avais si bonne mémoire.”). Reflet d’un effort spécifique dans ce domaine, Brest qui, près de dix ans après “Boire”, revient sur Recouvrance et ses lieux de jeunesse, est lui béni de la plus belle mélodie jamais composée par Miossec. La nécessaire simplicité s’avère efficace. Les textes eux-mêmes sont débarrassés de toute surcharge. C’est une autre heureuse conséquence d’un travail serré par l’urgence.
Moins de mots ne font pas des chansons apaisées pour autant. Les constats restent amers, la rage encore affleure mais autre chose aussi. Essayons, Rester en vie, Le stade de la résistance, Les gueules cassées, En quarantaine ricanent sur les blessures plus ou moins secrètes mais après les défaites, elles en veulent encore. “Je voulais être un peu plus lumineux, gris plutôt que noir. Sans doute parce que l’ensemble est moins monochrome, des gens ont été fortement touchés. C’est superbe de pouvoir provoquer de telles émotions.”

Même la quarantaine menaçante ne l’accable pas définitivement. Peut-être parce qu’il lui reste encore quelques mois (né le 24 décembre 1964 à Brest). Plus sûrement parce que, pour lui dessiner trois textes, il a beaucoup fréquenté Juliette Gréco, une jeune fille rebelle de 77 ans. Après, Jane Birkin et Johnny Hallyday, Christophe Miossec a en effet continué à écrire pour d’autres: Dani, Bashung, notamment. Dans ces paroles livrées, on cherchera en vain la crudité des expressions et des situations censée faire son style. Ces collaborations sont donc bienvenues pour contredire sa réputation de talent terrible de la chanson. Par contre, elles focalisent encore l’attention sur l’auteur quand il serait temps de se préoccuper du compositeur.

A chaque album, Miossec se charge un peu plus des musiques, deux pour le “Boire” inaugural, sept en solo et quatre de plus avec Yan Péchin, déjà guitariste sur “Brûle”, pour le temporairement final “1964". Les registres se sont également étoffés. En 1995, on le découvre dans une veine folk acoustique mais énervée. Parce que “Boire” se passe de batterie et d’électricité, on imagine les complices, Guillaume Jouan et Christophe Miossec, limités. Porté par un groupe, “Baiser” est, l’année suivante, presque franchement rock. Une dernière fois, Jouan et Miossec se retrouvent au centre de “A prendre” (1998) mais avec déjà quelques échappées plus précieuses (des cordes notamment). En 2001, Mathieu Ballet règle les arrangements quasi anglo-saxons de “Brûle” mais, déjà, la majorité des compositions est signée Miossec.

Voulu et poussé de bout en bout par Christophe, “1964" est pourtant le résultat d’une nouvelle association. “Je serai incapable de maîtriser seul tout le processus d’un disque et puis, ce sont toujours des affaires d’amitié.” A la réalisation de l’album, Jean-Louis Piérot a apporté une minutie peu ordinaire et un son clair (“il est venu avec l’ingénieur Jeff Delort et on a travaillé dans de bons studios, Miraval, Gang, ICP”). Du coup, Miossec découvre les plaisirs de la satisfaction professionnelle et ne s’en lasse plus. Cet automne, entre deux étapes de l’enregistrement, la belle équipe a d’ailleurs repris la route pour des concerts qui ont transformé Christophe. “Cette tournée, de loin la meilleure, a provoqué un déclic. Maintenant, j’ai l’impression d’avoir réussi quelques petites choses. Désormais, ce n’est que du bénéfice alors autant faire ce boulot avec un bon esprit plutôt qu’avec de mauvais sentiments.”

Et comme il n’y a jamais beaucoup de distance entre les paroles de Christophe Miossec et ses actes, dès avril 2004, il réunit sa bande et repart en tournée, avec en point de mire les festivals d’été et, au-delà, d’autres concerts en octobre et novembre.



MIOSSEC « 1964 » – date de sortie : 01/03/04 – [PIAS] Recordings

www.christophemiossec.com
www.pias.com

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